Eduard Florin TudorEduard Florin Tudor
26.06.2017

Une biographie : Théodore de Bèze

Théodore de Bèze est connu, surtout, pour son rôle dans la Réforme. Il est moins connu en tant que poète. Mais avant d’être le théologien et le chef de file de la Réforme en France, après Calvin, il a été un grand poète. Une biographie signée par Alain Dufour refait le parcours de Théodore de Bèze de ces deux points de vue : le poète et le théologien. Il reste à signaler que l’auteur, Alain Dufour, est un grand connaisseur de son personnage, car il s’occupe depuis 1964 de l’édition critique de la Correspondance de Théodore de Bèze.

L’Introduction présente l’état des connaissances sur cette personnalité du XVIe siècle. Alain Dufour souligne le changement du point de vue sur Bèze. Ses contemporains le connaissaient en tant que poète, les vers en latin étant une délectation pour les lecteurs. Mais l’histoire fige Théodore de Bèze dans une autre posture, celui du grand réformateur.

Théodore de Bèze naquit en 1519 en province, mais à trois ans et demi il part pour Paris où son oncle paternel s’occupe de son éducation. Et au centre du monde des lettrés, dans des collèges où la poésie latine et la culture antiques étaient en grande estime, Théodore reçut une éducation digne des grands esprits du siècle : Montagne, Marot ou Dolet. De ces années de jeunesse datent aussi les poésies à la manière des grands poètes latins. Cicéron, l’esprit tutélaire de la Renaissance, était le modèle à suivre. Alain Dufour désigne Les Juvenalia de Théodore de Bèze comme une composition fondamentale ayant apporté des remarques, souvent blessantes, à son auteur devenu un grand nom de la Réforme. Et le chef de la Réforme en France, surtout. Alain Dufour a cette remarque : « Tout est bon dans la polémique, y compris les coups les plus bas. Cette polémique fut reprise bien plus tard par des ubiquitaires allemands. Bref, la querelle des Juvenalia fit couler beaucoup d’encre. » (p.15). Mais le réformateur eut l’idée de reconnaître la « faute » des vers de jeunesse. Dufour cite, par exemple, l’édition de son Abraham sacrifiant (1550) qui porte les aveux des vers de jeunesse de Théodore de Bèze.

Cette biographie, au long du fil chronologique, replace les grands repères de la figure réformée, sous le signe de la conversion d’un humaniste chrétien à la dévotion protestante spécifique aux gens des grands centres de Suisse. Alain Dufour parle de cette période de jeunesse comme d’une période de « maturation » (p.18).

De même, soulignons que la biographie suit le devenir de Théodore de Bèze dans ses points les plus nuancés. Ainsi, par exemple, le théologien devenu une voix respectée de la Réforme sait manier le mot. Dans sa Confession, le mot catholique est utilisé comme désignant les Eglises réformée (p.52). Un ancien poète sait écrire de manière claire, car pour lui le mot n’est pas une énigme. C’est pour cela que cette Confession de Bèze eut beaucoup d’édition et de traductions, dont seize en français.

Une partie importante de cette biographie, dans plusieurs chapitres, est dédiée aux manières dont Théodore de Bèze s’est impliqué dans les guerres de religions. Il est, et l’auteur détaille les épisodes à maintes reprises, une voix des théologiens réformés et du peuple. Son statut à Lausanne et à Berne en parle beaucoup.

Claire, concise, argumentée, avec beaucoup de citations, tant des œuvres poétiques que des ouvrages de théologie, la biographie de Théodore de Bèze est incontournable pour ceux qui veulent connaître les personnalités de la Réforme protestante. Le grand mérite de l’auteur, Alain Dufour, au-delà de sa passion avouée à l’égard de cette grande figure, reste une présentation détaillée et claire de la vie faite de passions et de conviction de celui qui fut Théodore de Bèze, la grande raison de la Réforme protestante en France.

Alain Dufour, Théodore de Bèze, poète et théologien, Genève, Droz, 2009.

(sursa foto: larousse.fr)