Une époque revit, dans l’histoire, grâce à ses documents et à ses chercheurs. Les passionnés y compris. Mais l’évolution se trace de manière programmatique. C’est le cas de l’étude de la Renaissance : en 2001, la Fédération internationale des Sociétés et Instituts d’étude de la Renaissance tient un colloque à Genève. Un état des lieux, des communications et les spécialistes les plus connus ponctuent un futur des études de cette époque. Les actes de ce colloque « L’étude de la Renaissance nunc et cras » sont publiés chez Droz en 2003.
Augustin Redondo, le président de la FISIER en 2001, définit dans son Introduction les horizons d’attente des études humanistes, en ayant pour point de départ deux réalités. En premier, l’étude des langues classiques « marquent le pas » (p.7), puis la technologie semble submerger toute volonté de se pencher sur des études qui portent sur l’humanisme, donc sur un côté situé à l’autre pôle du développement actuel. Pour cela, des domaines pris en compte par les chercheurs sont présentés : les modèles culturels, les croyances et les normes, des jalons sur les phénomènes du double point de vue, philosophique et religieux. Redondo précisait l’espoir des spécialistes après le colloque : « tracer les lignes de force d’un salutaire renouvellement des études sur la Renaissance » et « dessiner le panorama d’une recherche à l’avenir » (p.8). Il est à souligner, et le chercheur le met en tant que conclusion, la relation à l’Autre qui traverse la Renaissance : « S’ouvrir à l’Autre, privilégier la dignité de l’Homme en même temps que les diverses formes du savoir, c’est aussi cela être Humaniste. » (p.8).
La première partie concerne une esquisse des chemins à prendre après l’an 2000, concernant les études humanistes. Les études, en fait, des propositions, se penchent sur des chantiers à avoir en vue. La communication de Michel Jeanneret essaie de définir la Renaissance et sa littérature par rapport à la rupture ou à la continuité avec les périodes antérieures ou postérieures. En premier, il attire l’attention que toute périodisation est didactique, donc le XIVe et le XVe siècle amorcent beaucoup de questions que la Renaissance concentre dans des traités et dans ses préoccupations. Pour mieux rendre compte de cette situation et pour une vraie continuation, selon le même chercheur, les études seiziémistes devraient avoir en vue un plus grand nombre de spécialistes en aristotélisme et en thomisme, courants philosophiques antérieurs qui ne disparaissent pas au XVIe siècle. Une nouvelle herméneutique pourrait éclairer d’autres significations : les littéraires et les historiens de la théologie pourraient se rencontrer sur la terre fertile de la littérature. La relation entre la lecture et l’imprimerie pourrait devenir un autre champ d’études. Le théâtre, par la farce, et le récit, par les nouvelles, selon le modèle de Boccace, sont des nouvelles formes de littérature. Si le Moyen Âge garde haut la main son emprise grâce aux inventions romanesques, la Renaissance essaie de se renouveler. Le Grand Siècle ne signifie pas une rupture et le chercheur apporte l’exemple des travaux de Marc Fumaroli qui n’a pas cessé de souligner l’importance du XVIe siècle comme « témoin de la civilisation antique » (p.15). Sur le même plan il y a l’imitation des classiques au XVIIe siècle qui continue le travail des écrivains de la Renaissance de ce point de vue.
Gérald Chaix présente une étude sur la formation des chercheurs. Quelques impératifs, à son avis s’imposent : la pédagogie à l’humanisme, la connaissance d’un humanisme civique, rhétorique, histoire et morale, l’évolution de l’humanisme vers les humanités, selon le modèle de Montaigne, l’histoire des sciences et la théologie. Les fondations de l’Europe moderne et de la Communauté Européenne se trouvent même à la Renaissance : l’homme, l’égalité, la liberté, la connaissance et la solidarité.
Keith Cameron, dans sa communication « Les relations avec les institutions », en anglais, brosse un tableau des études de la Renaissance du point de vue de la coopération. Il attire l’attention sur l’importance des universités dans la prise de décision concernant le futur des études de la Renaissance et des programmes les concernant.
La deuxième partie définit les fonds et la recherche, les types de savoirs à développer et l’importance de la mise à disposition de nouveaux fonds qui pourrait contribuer à une mise en valeur des études de la Renaissance par la richesse des points de vue.
Une conclusion pourrait être proposée en partant du constat de Michel Jeanneret. Il s’agit d’une distinction entre la pédagogie, et l’étude du XVIe siècle comme l’époque de la Renaissance, et la recherche qui devrait avoir en vue le Moyen Âge et le siècle classique aussi. Au-delà de la continuité et de la rupture, selon ses mêmes propos, « il faut se garder de noyer dans une masse indifférenciée » les singularités et les questions spécifiques de la Renaissance.
Max Engammare, Marie-Madeleine Fragonard, Augustin Redondo et Severio Ricci (eds), L’étude de la Renaissance nunc et cras, Genève, Librairie Droz, 2003.