Eduard Florin TudorEduard Florin Tudor
11.09.2017

Le Concile de Trente et les temps modernes

Le changement de visage de l’Eglise catholique, après le Concile de Trente, marque l’entrée dans la modernité de la culture occidentale. Pourquoi ? Les raisons sont multiples, et ce Concile de Trente, ayant duré de 1542 à 1563, pour vingt-trois sessions, définit une nouvelle relation de l’Eglise catholique avec les cultures, celle de l’Occident et celle du monde du point de vue des missions. Le livre de Jean Delumeau et de Monique Cottret, Le catholicisme entre Luther et Voltaire, comptant plusieurs éditions, est une radiographie nécessaire et définitoire des conséquences de ce concile sur l’activité de l’Eglise dans la société.

Les auteurs rapportent de manière claire tout ce que le concile tridentin a défini en matière de décisions dogmatiques et pastorales, au niveau de l’activité ecclésiale dans les pays, surtout en Occident. Une première idée, après avoir étudié les décisions des sessions du concile : un pays comme l’Espagne les implémente très vite, tandis que la France prend du temps pour les accepter et les faire les siennes dans la société. En France, déjà, le pouvoir royal qui allait évoluer vers l’absolutisme de Louis XIV, et la société aussi n’acceptaient pas facilement des décisions venant d’un pouvoir extérieur (voire l’Etat papal et le Concile de Trente).

Aux fidèles, le Concile de Trente a donné un catéchisme et des pasteurs. Il s’agit d’une première mesure de cette Contre-Réforme. La théologie tridentine clarifie des aspects dogmatiques. Mais un premier point, celui du fondement public de la doctrine, est clarifié. La Bible est vue comme « éclairée d’âge en âge par la tradition » (p.74) avec l’aide des conciles et des Pères de l’Eglise. La référence était la Vulgate dans les leçons publiques (disputes, prédication et exposés), mais l’usage privé des traductions était permis. La Bible en langue vulgaire a été mise à l’index entre 1559 et 1564.

Du point de vue dogmatique, une première question est définie et le restera ainsi pour des siècles. Le péché originel et la justification se fondent sur les dons gratuits de la création que l’homme a reçus, le plus important étant « la participation à la vie intime de la Trinité » (p.74). La réconciliation entre homme et Dieu se réalise par le Médiateur, car le libre arbitre n’avait pas été éteint par le péché, l’homme ayant seulement « une inclinaison vers le mal » (p.75). Si pour Luther la justification est seulement « imputée », pour le Concile de Trente celle-ci « consiste dans le renouvellement de l’homme intérieur par la réception volontaire de la grâce et des dons » (p.76). Le même concile reconnaît que la foi « n’est pas hors de danger d’une chute mortelle » (p.78).

Les sacrements, au nombre de sept, sont reconnu comme valides, tenant compte de l’état de grâce de « celui qui les confère » (p.79). L’Eucharistie a été un point d’achoppement de la Reforme : un Luther reconnaissait la conssubstantion (le Christ est là). Le Concile de Trente définit la transsubstantion : la conversion du pain et du vin. Le canon II de la XIIIème session pose « l’anathème » (p.80) sur ceux qui soutiennent que la substance reste et que la conversion ne se produit pas. L’Eucharistie est définie « comme un sacrifice » (p.81), ce que la Reforme refusait. Le latin reste la langue de la messe et la doctrine sur le Purgatoire est consolidée et continué.

Il y a des décisions prises sur le pouvoir et l’activité pastorale de l’évêque et du clergé paroissial qui doit porter le costume et être présent dans la paroisse. Une décision qui fera date et qui aura un impact sur la qualité du clergé : la création d’un séminaire par diocèse (p.89).

Le premier catéchisme, comme réponse à ceux de la Réforme, apparaît en 1562 : Catechismus ex decreto Concilii Tridentini ad parochos. Une nouvelle édition de la Vulgate, connue comme la « Vulgate Clémentine » (p.92), date de 1593. Les ordres religieux sont strictement encadrés. Les missions sont très actives dans le monde entier, surtout celles des capucins et des jésuites. Une image des capucins tels qu’ils se présentaient quotidiennement devant les fidèles, est à retenir : « au Pays-Bas, on voyait des Capucins debout au milieu des églises portant sur le dos une inscription qui énumérait leurs défauts » (p.108).

Les auteurs se proposent de présenter non seulement les décisions du concile, mais aussi les conséquences de celles-ci. Après le Concile de Trente, il y a « une renaissance de la théologie » (p.113) : Salamanque devient un centre catholique important. Le livre religieux connaît un essor certain : entre 1643 et 1645, 48% des livres édités à Paris étaient dédiés à la foi chrétienne (p.113).

De la politique religieuse sur la question des sauvages, de la théologie morale développée, naissait le « droit international » (p.116). Les franciscains restent en Orient les « gardiens » (p.162) des Lieux saints.

Les chapitres, très clairs, sont le résultat du travail des historiens de premier rang. Les définitions sont claires et l’impact des décisions du Concile de Trente sur la culture occidentale est mis en relief de plusieurs points de vue. La Réforme change le monde, la Contre-Réforme redéfinit le rôle de l’Eglise catholique dans le monde. La coupure entre le Moyen-Âge et les temps modernes est faite. Le livre de Jean Delumeau et de Monique Cottret est incontournable pour la compréhension de notre monde dans son évolution et les changements apportés par la Réforme.

Jean Delumeau et Monique Cottret, Le catholicisme entre Luther et Voltaire, Paris, PUF, 1996.