Eduard Florin TudorEduard Florin Tudor
25.11.2019

La Renaissance et la naissance du stoïcisme

Le stoïcisme se refait une beauté à la Renaissance. Pour des raisons multiples, cette doctrine antique prend des habits de mode au XVIe siècle surtout. Léontine Zanta, dans « La renaissance du stoïcisme au XVIe siècle » mettait les voiles, en 1914 déjà, sur ce thème si incitant. La nature humaine, toujours au centre des préoccupations des humanistes, semble rappeler que la force de sa nature dépasse tout entendement et tout questionnement inutile : vivre, c’est tout. Le travail de cette figure de proue de la nouvelle intellectuelle qui faisait jour en France dispose des réseaux de sens dont le but n’est pas seulement celui de la pure recherche universitaire, mais encore plus : l’homme nouveau de la Renaissance trouvait, en quelque sorte, la solution dans la concorde dans la pratique, intellectuelle d’abord, de la philosophie stoïcienne.

Les dix-neuf chapitres de l’ouvrage comptent une Introduction et trois parties. La conclusion est bien étoffée. L’Introduction refait le visage de l’apparition du stoïcisme en Italie, en Allemagne et en France. La première partie traite de la philosophie, de la morale indépendante et de la Réforme qui fait de la prédestination un concept qui ait des racines dans le stoïcisme.

La deuxième partie met en regard le stoïcisme et le néo-stoïcisme du point de vue des éléments dissociatifs. Les Pères de l’Eglise, la morale ecclésiastique médiévale et le temps néo-stoïcien, ce sont les trois grands visages de l’adaptation de la philosophie du Portique.

La troisième partie n’est pas seulement biographique mais aussi philosophique et contextuelle. Juste Lipse et Du Vair sont les deux néo-stoïciens qui prolongent l’œuvre du Portique dans un contexte chrétien imprégné de catholicisme. Providence, nécessité et destin, mais aussi voyages, mal, peines et paradoxes, voici quelques thèmes nuances dans cette partie.

Quelques précisions d’ordre biographique, culturel et historique s’imposent avant toute lecture du livre. La renaissance du stoïcisme au XVIe siècle  ne se réduit aucunement à l’espace français ou francophone, mais l’étendue de la recherche est une expression de l’auteure. Léontine Zanta a été la première femme à avoir obtenu son doctorat ès Lettres en France en 1914. Ouvrage daté dirait-on ? En aucun cas. Le détail, l’argumentation, le savoir et la systématisation de la richesse thématique du stoïcisme renaissant, définissent encore une œuvre qui ne perd rien de sa fraîcheur.

Plus d’un siècle après, les recherches sur la relation entre la doctrine stoïcienne, le christianisme et la nouvelle route de l’antiquité à la Renaissance, n’apportent que des nuances qui, au-delà de quelques grands noms, paraissent vivre un épigonisme qui ne réussit plus à reproduire une originalité conquérante. La culture antique d’une philosophie qui revit grâce au détail et à la mise en exergue du soi ascétisant, semble régner encore pour occulter la volonté moderne de tout comprendre et de tout catégoriser. C’est pour cela aussi que Léontine Zanta gagnait un grand pari en 1914 : insérer dans l’histoire de la recherche une perspective qui a l’air de motiver la quête de l’homme à la Renaissance d’une vision unificatrice qui chasse les peines, les confrontations et le déchirement à l’habit perpétuel. Lorsque, dans les premières pages de son chapitre sur l’apparition du stoïcisme en Italie, elle précise le rapport avec le monde du siècle, c’est cette unité qui était invoquée :

« Elle peut donc être invoquée par tous, car elle convient à merveille aux besoins nouveaux : elle suffira aux irréligieux pour vivre une vie d’honnête homme et les dispenser en même temps de toute religion ; elle peut, d’autre part, pour les âmes religieuses qui veulent rester fidèles au catholicisme, servir d’échelon pour parvenir à une vie plus haute : la vie chrétienne, dans ce qu’elle a de surnaturel » (p. 10).

Un livre qui reste dans la bibliothèque du spécialiste,  du curieux et de tout lecteur, voici l’emblème de l’ouvrage de Léontine Zanta.

Léontine Zanta, La renaissance du stoïcisme au XVIe, Paris, Champion, 1914.

(sursa foto: historia-arte.com)