Eduard Florin TudorEduard Florin Tudor
08.05.2017

Jean Calvin revisité

Jean Calvin est connu, en premier, par son rôle dans la Réforme, du côté francophone. Mais il n’aurait été certainement pas cette figure de proue sans une activité dans le domaine de l’Ecriture et sans une incroyable force de conviction qui transparaît surtout dans sa correspondance. Le colloque tenu à Paris en 1995 refait une grande partie du chemin parcouru par Calvin du point de vue de ses relations tissées avec les contemporains. Les actes de ce colloque ont été publiés trois années plus tard chez Droz, à Genève. La lecture de ces contributions attirent l’attention sur plusiers aspects, moins mis en évidence, parmi lesquels, par exemple, le rôle de sa correspondance non seulement du point de vue religieux, mais aussi du côté de la richesse de sa correspondance, qu’il s’agisse du nombre de ceux auquels il répond ou des thèmes traités. Réunies en tant qu’éditeur par Olivier Millet ces contributions brossent le tableau d’un Calvin dont la persuasion et la conviction, dans toutes ses prises de position, se montret plus qu’exemplaires. La Réforme gagne du terrain grâce aussi à de telles qualités que l’une de ses personnalités, Jean Calvin, mettait au service d’une cause nouvelle et d’une Ecriture vue comme seul garant de la nouvelle stature de l’homme dans sa relation avec Dieu, sans avoir besoin de l’intercession du clergé romain.

La plupart des études marque un vrai point d’originalité, même si la diversité devrait être prise en compte. Par exemple, la relation d’amitié entre Calvin et du Tillet a été moins mise en évidence, et l’étude de Olivia Carpy-Mailly, Calvin et Louis du Tillet, fait justice à l’occasion de ce colloque. En premier, les informations étaient éparpillées ici et là et Carpy réussit à brosser le vrai tableau de cette relation. Sur le personnage même, Louis du Tillet, il y a peu de peu de relations, même si sa famille est connue comme faisant partie de la noblesse de robe.Son amitié avec Calvin date de 1530 à Paris : les deux faisaient des études de théologie et les chemins l’entrecroisaient. Ils ne se quittent plus entre 1534 et 1538, l’année lorsque du Tillet prend la décision radicale de renoncer à Genève pour revenir à Paris et à l’Eglise romaine. Plus qu’un ami, il fut le confident de Calvin, ce qui devrait être pris en compte quand on lit leur correspondance. Calvin se refugie à Strasbourg et depuis ce moment, par lettres interposées, des points dogmatiques et des opinions, voient le jour, esquissant le portrait d’un Calvin correspondant et d’un du Tillet défenseur de l’Eglise romaine. Calvin fait le reproche, maintes fois répété, d’avoir regagné l’Eglise romaine. Dans la première lettre, parmi d’autres, Calvin soutient l’invisibillité de l’Eglise, l’autre le contraire, conformément aux canons catholiques. Du point de vue de la controverse ecclésiologique, car ils sont sur le terrain de la controverse, ils expriment deux points de vue différents. Sur le ministère, une autre pierre d’achoppement, ils y a les opinions exprimées dans une troisième lettre. Cette fois-ci aussi les positions sont divergeantes. Louis du Tillet garde une « définition sacerdotale du ministère » (p.15), tandis que le réformateur francophone donne une formulation qui participera aux findements dogmatiques réformées. La réforme de l’Eglise est correcte et acceptable, mais deux point de vue différents s’y ouvrent : en antithèse du Tillet croit dans le projet royal de la restauratio ecclesiae, et Calvin réfute toute implication royale dans la vie de l’Eglise. La controverse est dans l’impasse mais elle constitue l’image de l’Europe chrétienne déchirée à la Renaissance. « La fin de l’amitié » ( p. 18) est décrite par l’auteure de l’étude.

F.P.van Stam dans l’étude Le livre de Pierre Caroli de 1545 décrit le conflit entre Caroli et Calvin avec l’utilisation du livre de Caroli dans cette étude pour la première fois, non seulement dans l’analyse. Le livre de réponse de Calvin est connu car trois ans plus tard il écrit une Defensio. Van Stam précise une qualité essentielle du réformateur : Calvin ne répond pas à toutes les attaques.

Francis Higman étudie « Calvin face à l’anglicanisme » à l’aide des témoignages écrits des contemporains du réformateur. Calvin entretient une correspondance relativement importante avec les membres des églises anglophones. Parmi les reproches que Higman relève il y a la tendance papiste et les « opinions » ineptes (p.62). Max Engamarre fait une analyse poussée à des commentaire de Calvin sur Esaie découverts à Londres.

Il y a aussi des contributions assez originales : Braekman écrit sur Calvin et ses correspondants de Pays-Bas et Jeanine Olson étudie la relation d’amitié entre la famille Budé et Calvin.La correspondance de Calvin entre janvier et mars 1563 trouve la lumière du jour dans une étude de Daniel Ménager qui manie histoire littéraire et critique textuelle de manière admirable. Yves Tatarenko écrit sur l’impossibilité d’un débat entre les théologues parisiens et les gens comme Calvin considérés comme hérétiques.

Christoph Burger étudie Epistulae duae et utilise l’analyse de Calvin et son commentaire sur Sénèque de 1532. Sa conclusion pourrait être vue comme celle de toutes ces contributions : Calvin n’pas de limites dans son travail et dans son choix, il, juge âprement ses anciens amis, il ne tient pas compte de sa situation politico-ecclésiastique (p.158). Deux autres études sont signées par Marie-Madeleine Fragonard et Viviane Bourgerie ( sur les reminiscences du Catéchisme dans la dernière édition de son Institution). Une autre contribution relève l’importance et les signes de « La reception du calvinisme en Angleterre ». Elle est signée par Andrew Pettegree.

Le colloque de 1995 et ses actes de 1998 définissent quelques points essentiels de la contribution de Jean Calvin à la Réforme. En premier, sa conviction, ce qui le force de se brouiller avec des amis de longue date. Puis, il entretient une riche correspondance, par exemple, aves des Hollandais ou des membres importants de l’Eglise anglicaine. Son sens de l’Ecriture et ses interprétations sont moins étudiés, mais un autre aspect est mis en valeur : ses relations avec des familles fortunés comme celle des Budé. Un Jean Calvin avec le sens de la controverse traverse, comme une éphigie, tout ce livre réunissant ces contributions au colloque. La stature du Réformateur est mise aussi en relief par l’honneur dont il jouit encore plus de quatre siècle après sa mort. Ses contemporains, comme ce colloque l’a démontré, ont pu réfuté les positions du Réformateur, mais ils n’ont pas pu ignorer l’Homme. Calvin reste une figure d’exception non seulement pour la Réforme mais aussi pour l’époque de la Renaissance.

Olivier Millet (éd.), Calvin et ses contemporains, actes du colloque de 1995 tenu à Paris, Genève, Droz, 1998.

(sursa foto: museeprotestant.org)