Eduard Florin TudorEduard Florin Tudor
30.09.2019

Cité terrestre, cité divine : Jérusalem et le grand pèlerinage

Témoignage d’une expérience, notations des états personnels ou officiels, attachement aux valeurs de la piété, ce sont quelques traits du récit de pèlerinage à partir du IVe siècle. Le sens religieux de cette quête date de l’époque de saint Jérôme, mais l’enthousiasme du Grand Voyage vient, selon toutes les probabilités, de saint Hélène et Constantin le Grand. Ce sont eux qui, pour des raisons plus ou moins personnelles ou plus ou moins politiques, développent un mouvement de la reconquête, par les découvertes, des Lieux saints.

Nicole Chareyron, dans son ouvrage Les pèlerins de Jérusalem au Moyen Âge, statue ce panorama du récit de pèlerinage durant onze siècles. L’importance de cette source documentaire n’est pas négligeable car, du bon temps après, il constitue un trésor d’informations qui refont le monde connu de deux manières. En premier, la façon dont la personnalité de celui qui écrit voit le monde, puis celle dont ce pèlerin devait se soumettre à des canons du genre. Ce type de récit, au-delà de toute originalité, suppose un respect, plus ou moins grand, des consignes du voyage dont la piété est le premier des traits. Des contraintes géographiques ou politiques, économiques ou religieuses font du récit de voyage à Jérusalem un type de journal qui a, forcément, des caractéristiques répétitives. C’est pour cela que l’œil originel est, maintes fois, effacé devant ces obligations d’écriture. Le lecteur demandait, par éducation, une certaine façon de trouver les grands repères du grand voyage à Jérusalem.

Le livre structure, pour les siècles en vue, l’information qui définit le pèlerinage. Le départ, dans le premier chapitre, et la Venise, dans les chapitres qui suivent, témoignage de ce récit qui a pour but la ville sainte, mais rend compte des difficultés et de la géographie obligatoire du voyage. Le tableau du premier chapitre est plus qu’inspiré : c’est l’appel de l’inconnu, la vie errante, en apparence, la naissance du genre et les relations du récit avec la littérature qui définissent la démarche spirituelle et celle auctoriale. De plus, il y a une variété car celle-ci « s’inscrit sur fond de conformité aux usages » (p. 12). L’an 1332 est important car c’est le moment où les franciscains prennent en charge la Terre sainte et cet « homo itinerans ». « incarne plusieurs figures » (p.13).

Le chemin vers la ville sainte n’est pas facile : plus de cinq semaines de voyage. Mais les lieux visités méritent la peine. C’est le chapitre VI sur la ville de Jérusalem et sur les lieux saints qui reconstitue le panorama du centre du monde chrétien et celui de l’idéal. De plus, le saint sépulcre « un abrégé du monde chrétien » est décrit dans sa splendeur de tous les points de vue. Le lieu saint se remplit du bonheur de la découverte du sens primaire de la quête : revenir au lieu où le Christ a été déposé c’est revenir au sens de l’existence.

Ce livre est un grand pèlerinage vers les sources des récits sur Jérusalem. Le lecteur découvre ce que les chrétiens, pèlerins ou pas, avaient comme source d’information. C’est en refaisant ce chemin de la lecture, on redécouvre un monde traversé par la soif de Dieu et par la soif de connaissance.

Nicole Chareyron, Les pèlerins de Jérusalem au Moyen Âge, Paris, éditions Imago, 2000.

(sursa foto: arabpress.eu)