Eduard Florin TudorEduard Florin Tudor
18.09.2017

François d’Assise, entre biographie et histoire

François d’Assise joue en grand rôle auprès des fidèles de l’Eglise catholique pour des raisons différentes. Un riche devenu pauvre et prêchant la pauvreté, un homme du monde ayant désiré se consacré, après un passage douloureux, au service des plus démunis, ou la figure du croyant que l’on rencontre dans une retraite originale dans les rues d’une ville. Entre histoire et légende, le personnage ayant marqué non seulement l’Eglise occidentale mais aussi l’imaginaire médiéval (et contemporain, de surcroît) fait partie d’une galerie du sacré servant de modèle dans ce monde. Une biographie signée d’un grand nom de l’histoire médiévale, l’historien nanterrois André Vauchez, retrace, à l’occasion du huitième centenaire de l’ordre franciscain, la vie exemplaire de celui qui fut François d’Assise.

Des biographies du saint l’édition mondiale en connaît probablement des centaines. L’exemplarité du Poverello est passée assez vite dans la légende, vers 1210, même avant sa mort en 1226. Ce qu’il faut retenir du saint ayant fondé, par la force de l’exemple, l’ordre franciscain, c’est un devoir qu’André Vauchez s’attèle de rendre aux lecteurs dans son livre Saint François d’Assise paru en 2009 chez Fayard.

Trois axes constituent la force de cet ouvrage : la vie, la biographie et la postérité du saint italien du XIIIe siècle. Vauchez donne une somme de l’existence du Poverello sans négliger aucun aspect de son travail historique. En premier, il faut souligner la proximité de l’historien avec la figure du saint. Même si cette biographie paraît en 2009, le saint d’Assise fait partie des préoccupations intellectuelles à long terme d’un grand historien de la spiritualité occidentale, André Vauchez. Celui-ci, si on peut dire ainsi, fait le sien le sujet en mettant à l’œuvre tout son savoir pour la reconstitution, le plus fidèlement possible, de l’image du saint né riche, comme fils de marchand d’Ombrie, et mort au service des plus pauvres.

Puis, et ce qui fait la force du travail d’historien, c’est l’ancrage de la figure du saint François d’Assise non seulement dans un contexte historique et religieux, mais aussi dans une postérité qui, parmi d’autres, de nos jours, rend la vie du saint comme un exemple pour l’écologie. Revenir à la nature, tel fut son message, qu’il s’agisse du retour à la nature comme macrocosme (le monde) ou qu’il soit question de la nature humaine comme microcosme. Cette figure de la simplicité en a touché et continue de le faire encore plus d’un ayant appris sa vie.

L’exemplarité joue aussi sur une autre manière de faire du message du Christ une force de la cité. François d’Assise, selon l’image rendue par Vauchez, est exemplaire par sa conversion, mais aussi par une sorte de monachisme au cœur de la ville. Cette autre façon de vivre le Christ, loin du désert et d’une retraite confortable, fait que vers 1300 le nombre des franciscains, ceux ayant suivi le message du saint dans l’ordre, approche de chiffre de 30 000. La tradition du monachisme vit une rupture : la sainteté peut être vécue dans la cité aussi. C’est un renouveau du message christique, dans l’Eglise aussi, que François d’Assise apporte.

Le rapport du saint avec l’Eglise a été, des fois, mis en doute. André Vauchez travaille à rendre cette idée le plus fidèlement possible avec l’enseignement de la vie du saint ainsi qu’avec celui de l’ordre des franciscains. En fait, leur fidélité à la figure du fondateur est celle de la fidélité à l’Eglise. La Réforme, par exemple, trouve par des noms comme ceux d’Erasme Albert ou de Flacius Illyricus des moyens de démontrer à moyen d’ouvrages que les franciscains sont hors d’Eglise et qu’ils vénèrent davantage saint François que le Christ. Le premier écrit même une œuvre de controverse intitulée l’Alcoran des Cordeliers, souvent rééditée depuis sa parution en 1560. La force de conviction des fidèles de l’ordre était comme un roc devant les diverses tentatives des réformés d’ébranler l’Eglise au sein de laquelle les franciscains, parmi d’autres, étaient les gardiens des Lieux saints.

La participation de l’ordre à la vie de l’Eglise est un modèle d’évaluation du rôle des ordres dans l’Eglise d’Occident. André Vauchez, à chaque étape de cette biographie, insère la vie du saint, puis celle de son ordre, dans la vie de l’Eglise. De cette manière, il s’attache à l’idée que le franciscanisme fonde dans l’existence ecclésiale une certaine conviction sur les valeurs sûres du Christ : le partage, la foi, la solidarité, la préemption institutionnelle passant avant toute tentative d’émiettement religieux. C’est dans la simplicité et dans la vie dédiée aux plus pauvres que le message de saint François d’Assise est transmis de génération en génération dans les villes, au sein des familles franciscaines. Vauchez n’oublie pas non plus les grandes étapes de l’ordre, parmi lesquelles les missions de christianisation chez les peuples (aux Amériques et en Asie, surtout).

Une somme historique consacrée à l’image d’un saint original, la synthèse passionnante d’André Vauchez est incontournable pour ceux qui veulent comprendre et de rendre le plus fidèlement possible l’implication de François d’Assise et de son ordre dans la vie de l’Eglise et dans celle de la société d’Occident.

André Vauchez, François d’Assise. Entre histoire et mémoire, Paris, Fayard, 2009

(sursa foto: Franciscain .Org)